Laos

Le bus de la mort 🚌 💀

Je vous ai laissĂ© hier soir alors que nous avions pris nos quartiers sur cette palette de bois. La nuit, comme prĂ©vu, n’a pas Ă©tĂ© des plus magiques. 21h, nous enfilons nos jogging pour prĂ©venir des moustiques et autres insectes rampants, volants, vicieux et qui piquent. Evidemment, il fait trĂšs chaud, mĂȘme Ă  21h, je commence donc Ă  suinter aprĂšs quelques minutes dans mon jogging. Je me souviens avoir lu que la transpiration attire les moustiques. Putain, le dilemme ! Nous nous lançons un « bonne nuit ma gueule » chargĂ© d’ironie que nous ne relevons pas. AprĂšs tout, nous sommes fatiguĂ©s, nous Ă©tions en boite la nuit derniĂšre, la journĂ©e a Ă©tĂ© longue, il se pourrait bien que nous nous endormions rapidement.

Je me rĂ©veille en sursaut, j’ai bien l’impression qu’il doit ĂȘtre 5h du mat’ environ, c’est bizarre car j’entends encore les bruits au loin de leur fĂȘte toute pĂ©tĂ©e. Je lĂąche un doux « Baida, tu dors ? », il me rĂ©pond « hummm non vite fait ». On se demande l’heure qu’il est, il regarde sur son tĂ©lĂ©phone : 23h ! Whaaaaaaaat ? « Putain de sa mĂšre, ça fait que deux heures qu’on est sur cette putain de palette ? » et c’est lĂ  qu’on se dit que parfois, la notion de temps est totalement faussĂ©e. Cette rĂ©flexion m’emporte 15 ans en arriĂšre quand, Ă  l’Ă©cole, je regardais ma montre toutes les trois minutes en pensant qu’une demi-heure s’Ă©tait dĂ©jĂ  Ă©coulĂ©e.

Bref, j’ai chaud, je transpire, j’ai peur de me faire enculer par les moustiques, j’ai soif de ouf mais je n’ai qu’une canette de biĂšre chaude. LĂ , je tente un mouv’ : je gobe deux Imodium avec une bonne gorgĂ©e de biĂšre, c’est clairement mon dernier espoir pour ne pas me chier dessus cette nuit. Je n’arrive pas Ă  trouver la position, je me retourne, Baida de mĂȘme, notre « lit » est inconfortable. Je me sens pris au piĂšge, je n’ai pas de solution, il faut que le temps s’Ă©coule. Toutes les 20 minutes, je prends une gorgĂ©e de biĂšre Ă  tempĂ©rature ambiante, 30°C, tellement je suis assoiffĂ©. Je dois choisir entre la soif et le dĂ©goĂ»t. Je demande Ă  Baida l’heure qu’il est. Il me dit 5h, je lui dis « viens on se casse de lĂ , on va acheter de l’eau, les gens doivent se lever tĂŽt ici, l’Ă©choppe sera certainement ouverte ». C’est bizarre, 5h et il fait toujours nuit noire … Ok Baida s’est chiĂ© dessus avec le calcul de l’heure. Il est 4h du matin. On zone dans le village, on arrive devant l’Ă©choppe, on s’assoit, la tĂȘte sur la table et on attend … 5h30, l’Ă©choppe ouvre, je me rue sur les bouteilles d’eau, je revis.

Les 3 jours de trek se transforment en « Nique sa mĂšre, on retourne direct Ă  la civilisation », on choppe la premiĂšre voiture qui passe, un gentil papa qui amĂšne certainement ses enfants Ă  l’Ă©cole, nous faisons en dix minutes Ă  bonne allure ce que nous avons fait hier en 1h30 de marche : blasĂ©. On trouve une guesthouse, on lui demande pour louer la chambre en short time (les vrais savent) et on prend une douche. C’est ouf quand mĂȘme : quand nous sommes privĂ©s de tout confort, nos besoins redeviennent rudimentaires. Dans la chambre, un toilette. Je lui dis doucement « j’ai tellement pensĂ© Ă  toi cette nuit » et je le dĂ©chire !

Frais, propres, nous reprenons la route. Nous sommes dans un coin perdu, ce qui fait que nous n’avons que deux options, c’est le stop ou un bus local. Le stop ne fonctionne pas ce matin, c’est un bus local qui nous prend. Le bus de la mort. C’est un piĂšge mais nous ne le savons pas encore. Baida obtient une bonne place, moi, le « placeur » me colle tout au fond sur la banquette Ă  5. Nous sommes 6. Je suis vĂ©nĂšre. Au bout d’une heure, le bus s’arrĂȘte prĂšs de shops le long de la route comme c’est coutume en Asie du Sud Est. Le chauffeur prend une commission ou un repas gratuit pour s’ĂȘtre arrĂȘtĂ© lĂ . Bizarre, aprĂšs 30 minutes, on ne repart pas. Nous comprenons en fait que le bus est en rade et que le chauffeur / mĂ©canicien / MacGyver attend une piĂšce. Elle arrive. Ca n’a pas l’air d’ĂȘtre la bonne. Ca fait une heure qu’on est arrĂȘtĂ©, tout l’Ă©quipage est en train de tranquillement prendre un phĂŽ (soupe de nouilles avec viande et lĂ©gumes) sans se presser. Ca doit ĂȘtre le calme laotien dont j’ai entendu parler. Ca me rend encore plus ouf. J’ai toujours mal au ventre, il faut que je chie. Les toilettes du shop m’apparaissent comme beaux, recouverts d’or, dĂ©gageant une odeur agrĂ©able … Non, c’est un mirage … C’est un trou dans le sol, ça pue et c’est un repĂšre Ă  cafards et araignĂ©es … Tant pis, ça fera l’affaire.

Nous repartons enfin aprĂšs une heure et demie d’arrĂȘt, presque deux heures. Et lĂ , s’en suit une sĂ©rie de pannes invraisemblables, plus de 10 fois sur tous le trajet. Parfois, le bus tient bon 30 minutes, parfois, ce n’est que 10 minutes. Nous rencontrons Laurent dans le bus, un français en voyage depuis 3 mois qui est montĂ© en milieu de parcours. Cette rencontre Ă©gaye notre trajet qui devient infernal. Laurent comprend vite que la situation est dramatique. On ne sait pas Ă  quelle heure nous arriverons Ă  PaksĂ©, notre Ă©tape du jour. Et c’est lĂ , aprĂšs la 12Ăšme panne, que le chauffeur / mĂ©cano a jouĂ© son dernier atout : la chambre Ă  air. On le voit dĂ©couper une chambre Ă  air, en faire des lamelles et entourer je ne sais quoi dans le moteur avec ces lamelles. Un fou. Eh bien n’empĂȘche qu’on aura tenu un sacrĂ© bout de temps avec cette technique, jusqu’Ă  ce que le bus rende l’Ăąme dans la nuit et qu’ils nous transfĂšrent tous dans un autre vĂ©hicule.

RĂ©sultat : nous sommes arrivĂ©s Ă  PaksĂ© dans la nuit, aprĂšs 18h de bus. Le temps de manger dans le seul spot « street food » encore ouvert Ă  cette heure lĂ  de la nuit, de rĂ©veiller le gardien d’un hĂŽtel pour qu’il nous accepte, de prendre une bonne douche dans la chambre qu’on partage dĂ©sormais avec Laurent, il est 4h du matin, bonne nuit !

PS : le truck en photo n’est pas le « bus de la mort », j’Ă©tais tellement Ă©nervĂ© que j’ai zappĂ© de prendre des photos de cette journĂ©e. Mais ça vous donne une idĂ©e du type de transport que nous avons pratiquĂ© pendant la semaine.

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